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Les multiples facettes de la bio
(par Nelly Pégeault)

Depuis son émergence à sa reconnaissance officielle, jusqu’à sa lancinante récupération par le système productiviste, l’agrobiologie a suivi un chemin sacrément escarpé. Aujourd’hui, plusieurs types d’agricultures dites biologiques cohabitent sous le même sigle, ce label dont la trajectoire a dévié de sa course initiale. Pour le meilleur, ou pour le pire ?
A l’intérieur même des mouvements de la bio, le débat reste ouvert : fallait-il "vulgariser la bio" et, pour la rendre abordable au plus grand nombre, faciliter son accès à des promoteurs capables de la diffuser largement, tels les acteurs de la grande distribution ou les multinationales de l’agro-alimentaire ? Ou, au contraire, fallait-il que la bio s’installe plus lentement dans les campagnes et gagne son terrain de proche en proche, de ferme en ferme, par capillarité de l’exemplarité des pratiques ?

L'appel du marché

Vu d’où l’on parle, en 2013, il est facile d’affirmer que la bio aurait dû se cantonner aux réseaux de proximité pour rester conforme à son esprit écologique initial. Mais dans les années soixante et septante, l’urgence est différente : le livre de Rachel Carson a fait son travail d’alerte sur la dangerosité des pesticides. Et, en France, les pionniers de l’agriculture biologique, emmenés notamment par les producteurs et consommateurs de Nature & Progrès, n’ont qu’une hâte : "diffuser largement cette culture biologique de progrès et d’avenir, dans l’intérêt économique des agriculteurs" (1). Actuellement, au regard de l’emprise des firmes agro-industrielles sur la bio, on peut regretter ce zèle à offrir au monde cette agriculture tellement avant-gardiste qu’encore aujourd’hui sa vision holistique reste méconnue. Y compris de ceux qui en édictent désormais les règles ! Lesquelles, il faut le signaler, ne sont plus concoctées par les détenteurs de cette approche agronomique globale mais par les technocrates de la Commission européenne dont l’allégeance aux lobbies industriels n’est plus à démontrer (2). Ainsi, les représentants de la Copa-Cogeca, l’équivalent européen de la FNSEA française, participent-ils dorénavant à l’élaboration des règles de la bio. Ils n’y entendent rien, sinon l’appel - enivrant ! - du marché : plus 10 % par an en moyenne tous secteurs confondus (3).
Dès lors, nous comprenons mieux les orientations du nouveau règlement bio européen entré en application en janvier 2009. Dans son ouvrage intitulé L’agriculture biologique pour nourrir l’humanité (4), Jacques Caplat voit dans cette "harmonisation du marché de la bio" un renversement de logique : "où la pratique se met au service d’un marché normé… alors que l’agriculture biologique s’est d’abord définie comme une pratique agricole respectueuse de l’environnement". Au nom du marché donc, les cahiers des charges européens ont subi des allègements qui ne sont pas de détail. Devenu tolérant aux OGM à hauteur de 0,9 %, autorisant les productions bio et non bio sur une même ferme, laxiste sur le lien au sol des élevages et sans limitation de leur taille, permissif sur l’usage des traitements vétérinaires allopathiques, ce règlement facilite surtout l’entrée en masse, sous ce label, de produits n’ayant plus rien à voir avec la bio. Nous sommes bel et bien passés dans l’ère du "bio Business", dénoncé par le journaliste Philippe Baqué dans son livre collectif La bio entre business et projet de société (5).

Revendiquer une vision globale

Croire qu’il suffit de diminuer les doses de toxiques sur les fermes pour prétendre à la bio est le leurre sur lequel s’est construit ce règlement ! Et ce qui en résulte n’est qu’un ersatz de la bio, en tout cas au regard de certains puristes parmi lesquels les producteurs sous mention Nature & Progrès. Ils ne sont heureusement pas les seuls à dénoncer cette dérive. En France, l’entrée en vigueur de ce règlement a généré un tel tollé que la marque Bio-Cohérence a été créée pour pallier les insuffisances des nouveaux critères afin de conserver à l’agriculture biologique une éthique élémentaire. Cette réaction, certains adhérents de Nature & Progrès l’avaient déjà éprouvée en 1991, à la sortie du premier règlement européen dont ils estimaient - déjà ! - qu’il fourvoyait les fondements écologiques, agronomiques et sociaux de la bio, qu’ils avaient eux-mêmes couchés sur papier dès 1972 (6) !
Car à l’origine, la bio n’est pas seulement une critique des pratiques productivistes polluantes. Sa vision est globale. Comment pourrait-elle se montrer respectueuse des écosystèmes et du bien-être animal, se battre "pour le respect et l’entretien de la vie sous toutes ses formes" (7) et rester insensible aux conditions de travail des humains sur une ferme ? Peut-on imaginer un système agraire aspirant à l’équilibre et à l’harmonie mais qui s’accommoderait, pour baisser le coût de la main d’œuvre, de pratiques sociales abjectes mettant en concurrence des populations immigrées comme c’est le cas aujourd’hui sur certaines grandes exploitations pourtant bio labellisées (8) ? Tirer les prix à la baisse pour permettre l’accès du bio au plus grand nombre ? Ce calcul favorisant certaines populations au détriment d’autres moins privilégiées n’est concevable que sur le marché déshumanisé du libéralisme. Si cette "bio industrielle" provoque moins de dégâts sur l’environnement et la santé que l’agriculture intensive, l’argent déversé dans ses réseaux irrigue les mêmes artères alimentant la pieuvre capitaliste. Abreuver ce bio-business ne peut favoriser la nécessaire réforme du système dont le monde a besoin pour faire émerger une société plus équitable et pérenne. La bio des supermarchés, avec ses produits hors-saison issus de l’exploitation humaine à l’autre bout du monde, n’est pas celle des pionniers de l’agriculture biologique qui ont intégré, dès 1972, des critères sociaux à leurs pratiques (9). C’est pourquoi aujourd’hui, ces derniers se reconnaissent davantage dans l’agroécologie, une agriculture paysanne naturelle et diversifiée qui vise la souveraineté alimentaire des populations, leur autonomie et leur indépendance vis-à-vis des firmes.

Nature & Progrès, membre de la Via Campesina !

Cette agriculture de proximité, attentive à la fertilité des sols, utilisant les associations de cultures et les amendements naturels liés à la polyculture-élevage, présente l’avantage de faire régresser l’emprise du marché et l’économie du pétrole. Avec un tel système de productions relocalisées, privilégiant les ressources territoriales en semences végétales et animales libres, en main d’œuvre et en savoir-faire locaux, les spectres des émeutes de la faim et du réchauffement climatique pourraient s’éloigner. C’est en tout cas le message envoyé au monde par Olivier de Schutter, Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l'alimentation (10) qui présente l'agroécologie comme l’agriculture la plus apte à nourrir le monde et à sauver le climat (11). Ce combat de l'agroécologie se trouve être aussi celui de la Via Campesina (12) qui défend cette agriculture durable de petite échelle "comme moyen de promouvoir la justice sociale et la dignité, et de s’opposer à l'agriculture industrielle et aux entreprises multinationales qui détruisent les personnes et l'environnement." Une vision que partage Nature & Progrès, au point qu’à l’occasion de son Conseil Fédéral 2012, qui eut lieu fin avril à Moissac, dans le Tarn-et-Garonne, la Fédération s’est prononcée "en faveur de l’adhésion à ce mouvement international paysan". Une bonne nouvelle pour la Terra Madre !