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L'approche systémique appliquée à l'assiette

Mieux se nourrir en bio !

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Etude réalisée par Nature & Progrès asbl - 2011

Travail collectif réalisé par :




Introduction

L’injonction tombe régulièrement, péremptoire et moralisatrice : nous devons absolument manger moins de viande ! Surgissent aussitôt en nous les images d’Epinal de temps d’avant l’histoire où des êtres velus et vêtus d’oripeaux de bêtes dépècent à pleines dents les chairs sanguinolentes d’animaux morts ou en passe de l’être. La vision soulève nos estomacs réputés civilisés, la fade odeur du sang nous donne soudain la nausée. Nous serions encore un peu trop cet être-là, nous dit-on, prédateur brutal et sans conscience, universel tortionnaire des alter ego de la création… A l’analyse cependant, de multiples questions se posent.
On constatera, tout d’abord, que les objections d’ordre éthique, moral ou religieux, relatives à la consommation de viande, ne datent pas d’hier. La viande de porc est inacceptable pour le Musulman, la vache est sacrée pour l’Hindou, l’absorption de chair animale est intolérable pour le végétarien… Chats et chiens sont nos compagnons, pas nos repas ; et même l’idée de manger du cheval nous est de plus en plus étrangère… Un paléontologue réputé pense même que l'Australie serait la Riviera écologique du monde si ses habitants utilisaient mieux les ressources locales et mangeaient… du kangourou (1) ! La prise en compte du bien-être animal, dans le même ordre d'idées, est un souci toujours plus présent et d’autant plus louable que, dans les faits, l’animalité n’a jamais été plus méprisée, plus marchandisée qu'aujourd'hui...

Car la viande, bien sûr, qu'on nous vend au rayon boucherie, c’est la chair d’un être vivant, d'un animal. Manger un animal suppose évidemment qu’il soit mort, qu'on l'ait tué. Les conditions de vie et de mort de cet être qui nous ressemble tant - et qui, pourtant, nous nourrit et nous permet ainsi d’exister - s'inscrivent au cœur même d'une relation avec notre milieu que nous voudrions idyllique. Nous aimerions tant vivre et nous aimer les uns les autres comme dans un universel Walt Disney... Mais, de toute évidence, nous n'y arrivons pas. Et ce malaise perdure. Il croît depuis qu’Homo sapiens existe et qu’existèrent, dès le début du Néolithique, des systèmes agricoles reposant sur la domestication des plantes, puis sur celle des animaux, à des fins de production. Se nouèrent ainsi des relations, aussi complexes qu’intenses, qui furent la base même de notre culture alimentaire, entre autre, laquelle est, par conséquent, infiniment plus qu’un simple aspect de nos folklores ou un simple argument de marketing pour attirer le touriste et capter ses dollars. Elle décrit fondamentalement notre présence au monde et notre rapport avec la nature, notre perception profonde de nous-mêmes et des modalités de notre survie. Avec notre façon d’habiter, de nous vêtir et de nous déplacer, elle constitue la base même de notre façon de vivre, de notre art de vivre…
Manger de la viande, ou pas, est aujourd’hui perçu comme un clivage fondamental dans cet art de vivre. Le refus de vouer un être dans lequel nous nous reconnaissons - quatre pattes, deux oreilles et, parfois, le même tube digestif ! - à d’autres tubes digestifs - les nôtres ! - inspira aux végétariens bon nombre d’arguments qui ont, aujourd’hui encore, toute leur pertinence : le fait que la production de viande mobilise, d’une manière générale, énormément de ressources, en céréales et en eau, notamment… La quantité de céréales produites pour nourrir des animaux d’élevage permettrait théoriquement - nul ne le conteste plus - de nourrir bien plus d’être humains que la quantité de chair « produite » par ces mêmes animaux. Mais prétendre, dans la perspective inverse, que l’élevage est, par conséquent, directement responsable de morts d’Hommes est un raccourci pour le moins hâtif… L’idée selon laquelle les bœufs qu’on élève ôteraient la céréale de la bouche des pauvres de ce monde n'est éventuellement pertinente - mais cela reste quand même une vue de l’esprit ! - qu’en regard d’un mode d’agriculture bien spécifique : l’agriculture conventionnelle, intensive et industrielle. Tant il est vrai qu’un bovin, dans des conditions naturelles, ne mange pas de céréales, mais de l'herbe… Et l’intérêt d’en élever, sur de vraies prairies bien sûr, est donc d’une toute autre nature : il s’agit de transformer une ressource non comestible pour l’Homme - la cellulose de l’herbe - en une ressource qu'il est à même de digérer - du lait, des protéines animales... Les prairies ainsi valorisées ne pourraient jamais devenir des champs de céréales, tant ceux-ci requièrent des conditions agronomiques particulières. Dans le même ordre d'idées, l’argument climatique trop souvent mis en avant - l’émission de gaz par les animaux eux-mêmes - perd aussi soudainement de sa force car les prairies permanentes sont d’irremplaçables puits de carbone, car la consommation de bonne herbe par les bovins rend quasi nulle celle de produits de substitution d’origine végétale, comme ce soja qui vient de l’autre bout du monde… La pertinence d'une fracture viande - non viande, du coup, paraît idéologiquement beaucoup moins sûre, dévoilant surtout chez ceux qui s'en servent une nature implicitement politique.

L’idée selon laquelle il faudrait manger moins de viande convoque dès lors une batterie d’autres questions qui sont malheureusement trop peu souvent abordées :




Nous espérons, bien sûr, que se referme aussi vite que possible la funeste parenthèse de l’agriculture industrielle et technocratique, dite "conventionnelle". L’agriculture est infiniment plus qu’un simple catalogue de techniques ; c’est un ensemble de connaissances vivantes qui relient l’Homme au monde dans lequel il vit et qui donnent un sens à ce lien. Les dérives de ce mode de production, aujourd’hui totalement dépassé, qu’est le conventionnel ont fourni aux végétariens - nous l’avons dit - leurs meilleurs arguments ; elles ont également permis l’émergence d’une agriculture à la fois nouvelle et retrouvée - l’agriculture biologique - qui renoue avec les systèmes traditionnels les plus élaborés de polyculture - élevage. Ces systèmes très sophistiqués supposent une interdépendance profonde entre productions végétales et animales. Et il n’est pas sûr du tout que la monoculture céréalière, qui suffirait à satisfaire l'appétit très raisonné de certains végétariens, et la pauvre biodiversité que suppose pareil milieu, soit un exemple d'agriculture pour l’Homme et pour l’environnement…
La présente étude aura donc pour objet d’ébaucher des réponses à ces nombreuses questions, tout en cherchant à suggérer un modèle agricole qui soit de nature à satisfaire et à épanouir les êtres humains que nous sommes, à développer et à pérenniser les écosystèmes qui sont indispensables à notre survie et à celle des innombrables espèces qui nous entourent… Définir les modalités d’une agriculture simplement durable ne sera donc pas suffisant à nos yeux car accepter de survivre dans des conditions minimales n’offre certainement pas les perspectives d’un réel épanouissement.